Introduction
1. L’idée d’organiser une conférence
internationale sur 1a région des Grands Lacs est dans
l'air depuis le début des années 1990, et particulièrement
depuis Ie génocide de 1994 au Rwanda. Ce n'est cependant
que lorsque le Secrétaire Général de
I'Organisation des Nations Unies, M. Kofi Annan, a donné
pour mission à son Représentant spécial
pour la région des Grands Lacs de recueillir les vues
des dirigeants de la région concernant ce projet (S/1999/1296
du 30 décembre 1999) qu'un premier pas concret a été
accompli vers l'organisation de la conférence envisagée.
Cette mission est maintenant accomplie.
2. Par ses résolutions 1291 du 24 février 2000
et 1304 du 16 juin 2000, le Conseil de sécurité
des Nations Unies a décidé que la situation
en République démocratique du Congo sur le plan
de la sécurité constituait une menace contre
la paix et la sécurité internationales. Dans
ces deux résolutions, comme dans toutes celles qui
ont suivi sur le même sujet, le Conseil de sécurité
a affirmé qu'il importait d'organiser, au moment opportun,
sous les auspices de l'Organisation des Nations Unies et de
l'Union africaine, une conférence internationale sur
la paix, la sécurité, la démocratie et
le développement dans la région des Grands Lacs
à laquelle participeraient tous les gouvernements de
1a région et toutes les autres parties concernées.
3. Cet appel en faveur d'une conférence internationale
reconnaît implicitement l’existence de trois caractéristiques
fondamentales de la situation dans la région. La première
est que le conflit en République démocratique
du Congo a des dimensions régionales; la deuxième
est que les populations de la région des Grands Lacs
sont si étroitement liées sur les plans ethnique,
culturel et linguistique que l’instabilité d'abord
exclusivement endogène de chacun des pays concernés
en vient rapidement à se propager et à créer
et entretenir une dynamique de conflit dans l’ensemble
de la région; et la troisième est que c’est
dans un cadre régional que doivent être cherchées
les solutions aux conflits et à l'instabilité
endémique des pays concernés. L’appel
à une conférence internationale sur les Grands
Lacs, lancé dans les résolutions 1291 et 1304,
constitue donc à la fois un progrès appréciable
dans l'analyse des problèmes de cette région
par la communauté internationale et un effort collectif
en vue d’encourager la région à inaugurer
un processus de règlement pacifique des problèmes
associé à ces trois caractéristiques.
4. La présente note d'orientation entend examiner la
problématique, la forme et les modalités d'une
conférence internationale en tant que première
étape d'une démarche régionale vers une
paix durable dans la région. Loin cependant de se limiter
à baliser l'itinéraire devant mener à
la convocation de cette conférence, la note pose aussi
la question du suivi qu'il faudra lui donner si l’on
veut qu'elle contribue réellement a la recherche de
la Paix de la stabilité et du développement
dans la région.
5. La note propose deux grandes conclusions. La première
est que les causes des conflits de la région des Grands
Lacs sont à trouver à la fois dans chacun des
États qui la composent et dans la région dans
son ensemble. Donner un caractère régional à
la gestion de ce conflit constitue donc une condition préalable
à la réalisation d’une paix durable dans
chacun des États concernés et dans la région.
Il est à espérer que la convocation d’une
conférence internationale contribuera à dénouer
des crises qui ont condamné les populations de la région
à vivre dans des conditions telles que la guerre et
ses inhumaines souffrances sont devenues une malédiction
à subir plutôt qu’un problème à
résoudre.
6. Deuxièmement, une conférence internationale
ne sera utile et productive que s'il est clair pour tous qu'elle
à été conçue en vue de formuler
une stratégie multiforme permettant de s'attaquer aux
causes structurelles aussi bien qu'immédiates des conflits
de la région. Au-delà des déclarations
et communiqués par lesquels les participants à
un éventuel sommet professeraient la pureté
de leurs intentions et de leur comportement, l'utilité
de la conférence résidera dans le fait qu 'elle
lancera un processus permettant d’examiner à
fond un large éventai1 de problèmes et de proposer
des diagnostics ainsi que des prescriptions en vue de leur
règlement. Le processus ainsi envisagé aboutirait
à la création d'un mécanisme régional
chargé de suivre et de contrôler l’application
des décisions de la conférence, d'exercer des
fonctions d'alerte avancée et d'organiser des réunions
et/ou sommets périodiques des dirigeants de la région.
7. Le chapitre II, qui suit 1a présente introduction,
décrit 1es causes et la dynamique régionale
de l'instabilité dans 1a région des Grands Lacs.
Suit une analyse des facteurs qui rendent 1a convocation d'une
conférence internationale non seulement nécessaire,
mais également urgente. Ce chapitre examine aussi les
circonstances qui ont fait de 1a République démocratique
du Congo à la fois le théâtre principal
et la victime impuissante de l'instabilité régionale.
Le chapitre III décrit l'impact généralisé,
profond et dévastateur du conflit, tandis que le chapitre
IV examine les modalités de la conférence. A
l'intérieur de ce cadre général. La présente
note passe en revue un certain nombre de facteurs qui devront
être pris en compte au moment de décider de 1a
date et de la forme de 1a conférence.
8. Le chapitre V s’attache à l’architecture
de la conférence envisagée, notamment du point
de vue de la participation, des résultats attendus
et du mécanisme de gestion régionale des conflits
qui pourrait en sortir. Y est également décrit
un processus original à base de groupes de travail
ministériels qui seraient mis en place par la conférence
non seulement pour veiller à ce que les déclarations
des dirigeants soient traduites dans les faits mais, ce qui
est plus important encore, pour concrétiser les espoirs
des peuples de la région et leur aspiration à
vivre dans la paix, dans la stabilité, dans des conditions
décentes et dans la dignité. Dans sa conclusion,
le chapitre VI souligne qu’un sommet conçu comme
un événement unique ne saurait à lui
seul, quelle que soit la bonne volonté de ses participants,
relever avec quelque chance de succès les défis
considérables posés par la région des
Grands Lacs.
Contexte
Régional des Conflits
9. La situation dans la région des Grands Lacs est
la conséquence d’une longue accumulation de problèmes
complexes et interdépendants comme la mauvaise gouvernance,
l’absence de démocratie, l’accaparement
du pouvoir politique par un individu ou un groupe ethnique,
l’exclusion érigée en politique, une corruption
généralisée, le népotisme, la
violation des droits fondamentaux de l’homme et une
misère toujours plus profonde. Ces facteurs négatifs
expliquent le retour cyclique de la violence politique et
ethnique et l’instabilité quasi permanente dont
souffrent la plupart des Etats de la région.
Justification d’une Conférence internationale
sur la paix, la sécurité, la démocratie
et le
développement dans la région des Grands Lacs
10. Il existe des liens ethniques, culturels, sociaux et
politiques étroits entre les peuple de la sous-région.
Il s’ensuit que les conflits ou l’instabilité
qui affectent un pays envoient des ondes de choc dans toute
la zone. Les conflits survenant dans l’un ou l’autre
des États centraux de la région (Burundi, République
démocratique du Congo, Ouganda, Rwanda et Tanzanie)
ne sauraient rester circonscrits. La porosité des frontières,
les liens du sang, la culture et les valeurs communes des
peuples vivant à cheval sur ces frontières compliquent
et exacerbent encore la situation.
11. Les ramifications de ces conflits prennent ainsi de fortes
dimensions régionales. Les mouvements forcés
de population (réfugiés et/ou personnes déplacées
à l’intérieur d’un pays donné),
le malaise économique et la violence généralisée,
ainsi que leurs retombées de l’autre côté
des frontières, aggravent considérablement les
tensions entre États. Dans la région des grands
Lacs, en effet, les frontières sont devenues des couloirs
de plus en plus actifs de transmission des conflits plutôt
que des barrières géographiques faisant obstacle
aux menaces contre la stabilité des États.
12. La région des Grands Lacs a mis l’Afrique
en présence d’un nouveau type de conflits : des
conflits entre États qui sont le prolongement ou l’expression
de conflits intérieurs (c’est-à-dire de
guerres civiles) par d’autres moyens, comme par exemple
des attaques militaires directes, des mouvements rebelles
que l’on suscite et/ou appuie dans un autre pays, lequel
peut d’ailleurs se livrer lui aussi à des entreprises
de dé-stabilisation par mouvement rebelle interposé,
etc. Ces conflits finissent par constituer un type de guerre
transnationale où se trouvent impliquées des
États, des groupes armés entretenant des liens
transfrontaliers avec des États, des mouvements sociaux,
des marchés, des syndicats du crime et même des
entreprises.
13. Les conflits de cette région sont plus virulents,
plus dévastateurs et plus réfractaires que d’autres
à toute forme de gestion parce que leurs causes profondes
se trouvent à la fois à l’intérieur
et à l’extérieur de chacun des États
directement impliqués, voire à l’extérieur
de la région. Il s’ensuit que les stratégies
de règlement de ces conflits doivent nécessairement
prendre en compte leurs dimensions internes aussi bien qu’externes
si l’on veut qu’elles débouchent sur des
solutions durables et un retour de la sécurité
dans la région.
14. Une conférence internationale sur la paix, la
sécurité, la démocratie et le développement
dans la région des grands Lacs offrirait un cadre et
un processus permettant de s’attaquer sur plusieurs
fronts aux facteurs négatifs qui expliquent le retour
cyclique des conflits d’abord à l’intérieur
des États, puis dans l’ensemble de la région.
Les dimensions régionales du conflit en République
démocratique du Congo
15. En République démocratique du Congo, pour
la première fois de l’histoire du continent,
huit États d’Afrique se sont affrontés
directement à un moment ou à un autre dans un
conflit dévastateur qui a quasiment engouffré
toute la région. Par une triste ironie du sort, la
République démocratique du Congo, qui est l’État
le plus richement doté en ressources naturelles et
humaines de la région et qui pourrait en être
aussi le plus puissant, en est devenu le maillon le plus faible
du fait de l’instabilité régionale. À
toutes fins pratiques, l’État s’était
effondré et avait perdu toute apparence d’autorité
morale ou physique sur presque toute l’étendue
du territoire national. Cette situation a attiré les
ingérences étrangères comme un aimant
et offert un terrain propice à la prolifération
de groupes armés non reconnus venus de toute la sous-région.
16. La République démocratique du Congo est
devenue le théâtre d’une activité
intense menée par de multiples États d’Afrique,
parmi lesquels le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le
Zimbabwe, l’Angola et la Namibie. Outre ces États,
plusieurs groupes armés non reconnus – tant intérieurs
qu’extérieurs – se sont établis
en République démocratique du Congo. Cette situation
a donné le jour à des alliances militaires déstabilisatrices
entre des acteurs étatiques et non étatiques
et infligé des malheurs sans nom à la population
congolaise, tout en jetant à bas les derniers vestiges
d’un État mortellement affaibli par des décennies
de dictature, de kleptocratie et de mauvaise gestion.
17. Malgré tout ce qui les sépare, la République
démocratique du Congo, le Rwanda, l’Ouganda et
le Burundi sont unis dans une même conviction, à
savoir que le déclenchement, l’aggravation et
la persistance des conflits à l’intérieur
de leurs territoires respectifs sont entièrement le
produit des machinations de leurs voisins. Tous ces pays refusent
de reconnaître qu’il existe dans chacun d’entre
eux des tensions endogènes qui devraient être
réglées dans le cadre national. Le Gouvernement,
l’opposition non armée et la société
civile de la République démocratique du Congo,
par exemple, soutiennent que le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda,
qui sont des États voisins de taille modeste mais relativement
bien organisés, ont su exploiter l’existence
de contradictions mineures de la société congolaise
pour avancer leurs intérêts respectifs.
18. À l’instar de la République démocratique
du Congo, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi sont eux
aussi enclins à attribuer la responsabilité
de leurs difficultés au seul fait que la République
démocratique du Congo serait un mauvais voisin sur
lequel on ne peut pas compter, plutôt que sur les contradictions
à l’œuvre au sein de leurs propres sociétés.
Les Gouvernements ougandais et rwandais soutiennent que leur
intervention militaire en République démocratique
du Congo correspondait à une stratégie défensive
visant à prévenir des incursions armées
en provenance de ce pays et à venir au secours de minorités
menacées de génocide. De son côté,
le Gouvernement burundais a montré plus de réticence
à admettre que ses troupes étaient engagées
dans des opérations militaires sur le territoire de
la République démocratique du Congo. Il continue
de soutenir que ses incursions sur le terrain et les actions
de ses troupes sont limitées aux zones situées
en bordure du lac Tanganyika et visent à y garantir
la liberté de navigation. Il n’accepte par conséquent
pas d’être considéré comme belligérant.
19. En réponse à ces positions, les autorités
congolaises et leurs alliés de la Communauté
de développement de l’Afrique australe –
le Zimbabwe, la Namibie et l’Angola – ont fait
valoir que l’invasion de la République démocratique
du Congo par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi violait
toutes les prescriptions du droit international ainsi que
les principes des Chartes de l’ONU et de l’UA.
Ils ont également fait valoir que s’il incombe
effectivement au Gouvernement congolais de veiller à
ce que des rebelles ne se servent pas de son territoire pour
lancer des attaques contre les États limitrophes, de
leur côté, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi
devaient veiller à ce que leur interaction avec leurs
opposants, tant armés que non armés, se déroule
sur leur territoire national et s’arrête à
leurs frontières internationales.
20. Sans intervenir dans le débat entre ces points
de vue contradictoires, on peut cependant affirmer catégoriquement
que le conflit en République démocratique du
Congo menace de tendre encore plus les relations sur l’ensemble
du continent ; il a déjà compliqué et
compromis les relations entre un certain nombre d’États
d’Afrique.
LES
CONSEQUENCES DES CONFLICTS DANS LA REGION
21. Les conflits et l’instabilité dont souffre
la région ont été préjudiciables
aux activités humaines et sociales sous tous leurs
aspects. Par leur nature, leur échelle, leur durée
et leur prolifération, ces conflits ont compromis la
stabilité nationale et régionale indispensable
à l’intégration économique et au
développement régional et ils continuent d’envenimer
les relations entre les États concernés. Ils
sont à la fois la cause et la conséquence du
fait que ces États n’offrent pas le genre d’environnement
nécessaire à l’épanouissement de
la démocratie participative et de la bonne gouvernance.
En fait, à cause de ces conflits, l’existence
d’une grande partie de la population a été
ramenée à une brièveté et une
brutalité d’avant l’émergence de
la vie en société. On trouvera ci-après
quelques exemples du prix exorbitant que ces conflits font
payer à la région :
• La dévalorisation de la vie humaine consécutive
à des dizaines d’années d’oppression
brutale de la population, de massacres généralisé
et de génocides. Des bilans de victimes viennent immédiatement
à l’esprit, avec les quelque 800 000 personnes
massacrées pendant le génocide de 1994 au Rwanda
et les 300 000 morts de la guerre civile au Burundi depuis
1993. Souvent, cependant, ce ne sont pas les combats eux-mêmes
mais leurs suites et leur contexte qui ont fait le plus grand
nombre de victimes. Les gens fuient les zones de combat pour
se réfugier dans des forêts où ils cohabitent
avec les prédateurs naturels de ce milieu, dans des
abris de fortune surpeuplés et dépourvus d’équipement
sanitaire où ils sont sous-alimentés et réduits
à boire de l’eau non potable. Aujourd’hui
encore il en meurt tous les jours dans le silence de forêts.
• La dégradation et le vieillissement de l’infrastructure
et des installations de production. On assiste à une
désintégration généralisée
d’éléments d’infrastructure tels
que les centrales électriques, les réseaux de
transport et de communication, les écoles et l’équipement
sanitaire, notamment en République démocratique
du Congo et au Burundi.
• Les ravages infligés à l’économie.
Le Burundi et la République démocratique du
Congo ont vu leur capacité de production diminuer et
leur assiette fiscale gravement compromise. Les conflits et
l’insécurité ont contraint les gouvernements
de la région à transférer un montant
excessif de leurs maigres ressources du secteur productif
vers le secteur militaire.
• La criminalisation des économies et l’émergence
d’importantes économies parallèles. Des
secteurs considérables des économies de la région
échappent au contrôle de l’État.
Les différents conflits qui s’y déroulent
ont donné naissance à des alliances criminelles
entre négociants, marchands d’armes, entreprises
privées et certains représentants des pouvoirs
publics. Il est possible que ces groupes, pour des raisons
différentes, aient un même intérêt
à entretenir la dynamique de la guerre. Cet intérêt
peut prendre la forme d’une recherche aussi bien d’enrichissement
personnel que d’enrichissement d’une économie
nationale. Des événements récents survenus
dans l’Est de la République démocratique
du Congo manifestent de plus en plus clairement que la dimension
économique des conflits de la région reste un
facteur appréciable.
• Une « déqualification » de la
société. Au Burundi et en République
démocratique du Congo, l’enseignement est de
plus en plus négligé ; les compétences
sont redéployées vers la guerre, et l’hémorragie
de citoyens ayant reçu une instruction et une formation
professionnelle est devenue spectaculaire. Plus longtemps
les conflits actuels dans la région dureront, plus
ceux de ses habitant qui ont un métier, une éducation
et des moyens financiers perdront l’espoir d’en
voir jamais la fin et décideront par conséquent
d’émigrer définitivement. De même,
plus ces conflits dureront, moins les enfants des agriculteurs
qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés,
de personnes déplacées ou de regroupement auront
les compétences et l’envie nécessaires
pour cultiver la terre une fois les hostilités terminées,
parce qu’ils auront grandi coupés de leurs champs.
Par contre, ils risquent de constituer un réservoir
de main-d’œuvre toute disposée à
se faire recruter pour des activités de banditisme
d’un type ou d’un autre.
• Les retombées négatives sur la coopération
et le développement régional. Des occasions
de coopération et de développement régional
sont perdues du fait de la politisation et de l’aggravation
des différends régionaux.
La crise humanitaire à long terme
22. En plus du prix que ces conflits font payer à
la région tel qu’il ressort des paragraphes ci-dessus,
les indicateurs socioéconomiques confirment l’existence
d’une crise humanitaire dont les conséquences
à long terme seront dévastatrices. En cinq mois
seulement, du 24 décembre 1999 à mai 2000, le
nombre total de personnes touchées (c’est-à-dire
de personnes déplacées et de réfugiés)
dans la région est passé de 4 140 983 à
4 818 658, soit une augmentation de 677 675 personnes ou 14%.
Il s’y ajoute 845 519 personnes appartenant à
des « groupes vulnérables divers » qui
comprennent les enfants non accompagnés, les orphelins
de guerre et orphelins du sida, les enfants de la rue, les
enfants vivants dans des prisons, les personnes en situation
de quasi-réfugiés, les détenus et les
enfants victimes de rapt.
23. La violence, les meurtres, les viols, les pillages et
la peur continuent de pousser beaucoup d’habitants à
fuir de chez eux. C’est ainsi que de janvier à
mai 2000, près d’un million de personnes se sont
retrouvés sur la route, dont la majorité cherchait
un refuge sûr dans un autre endroit ou un autre pays.
Avec près d’un demi-million de nouveaux arrivants,
le nombre des déplacés a augmenté de
façon spectaculaire. Les déplacements de population
les plus importants ont eu lieu dans l’est de la République
démocratique du Congo (avec 340 000 nouveaux déplacés)
et en Ouganda (avec 146 000 nouveaux déplacés).
24. Ces chiffres ne peignent cependant pas un tableau complet
des souffrances infligées aux populations de la région.
En sus des statistiques ci-dessus concernant les populations
touchées, il faut en effet compter plusieurs millions
de personnes privées de moyens de subsistance et de
leur dignité humaine. Dans l’ensemble de la région,
40% des déplacés et des réfugiés
sont des enfants.
25. Ces conflits ont réussi à transformer en
mission impossible tout effort de réduction de la pauvreté.
Quatre-vingt-dix pour cent des déplacés, réfugiés
et autres membres de groupes vulnérables sont des agriculteurs
et/ou des pasteurs. Les déplacements généralisés
de population au sein de la région ont eu un impact
direct sur la production agricole, et notamment sur la possibilité
de se procurer de la main-d’œuvre. Les combats
ont souvent mené au pillage des stocks de semence et
des outils et bouleversé les réseaux d’approvisionnement.
Dans une situation caractérisée par des crises
endémiques, le cheptel est particulièrement
vulnérable et l’on a ainsi observé une
réduction substantielle de la taille des troupeaux.
Les conflits ont eu également des retombées
invisibles mais tout aussi néfastes, comme l’isolement
de groupes importants de personnes qui se cachent loin des
routes et des villes, coupées des réseaux de
distribution et d’approvisionnement et des services
sanitaires et vétérinaires. Une paupérisation
concomitante des populations urbaine et rurale a également
été constatée.
26. Les mouvements de population ont aggravé une situation
sanitaire déjà tendue dans la mesure où
les déplacés et réfugiés sont
particulièrement vulnérables aux maladies contagieuses.
À cela s’ajoute que leurs déplacements
contribuent à la propagation de maladies dans des régions
jusque-là épargnées. La multiplication
des camps surpeuplés où manquent l’eau
potable, les installations sanitaires et l’équipement
nécessaire à l’hygiène personnelle
a augmenté les risques d’épidémie.
La misère et l’instabilité sociale, qui
deviennent souvent extrêmes en cas de crise, favorisent
une propagation rapide du virus de l’immunodéficience
humaine (VIH). En outre, dans ce genre de situation, les femmes
et les enfants sont exposés à un risque accru
de violence.
CONFERENCE
PROPOSEE
But de la conférence
27. La conférence internationale vise à inaugurer
un processus dans le cadre duquel les dirigeants des pays
de la région des Grands Lacs seront invités
à se réunir en vue de parvenir à un accord
sur un ensemble de principes et de formuler et lancer des
programmes d’action visant à mettre fin au retour
cyclique des crises et à garantir une paix, une sécurité,
une démocratie et un développement durables
dans la région. Ce processus sera conçu de façon
à être aussi ouvert que possible et l’on
s’efforcera d’y associer d’autres parties
prenantes, et notamment les acteurs non étatiques et
la communauté internationale des bailleurs de fonds.
La conférence sera organisée de façon
à manifester l’appui collectif de la communauté
internationale aux efforts déployés par la région
en faveur de la paix, de la stabilité et du développement.
Calendrier
28. Comme le font valoir les paragraphes 10 à 14 de
la présente note d’orientation, la nature même
et le contexte des conflits se déroulant dans la région
– des conflits qui n’ont pas toujours été
endogènes ou circonscrits aux pays concernés
- font que la recherche de la paix dans chacun de ses pays
doit se dérouler dans un cadre régional. En
plus des processus de paix internes qui doivent nécessairement
être lancés au plan national, il faudra donc
une conférence internationale qui aura pour vocation
d’être à la fois un processus et une instance
complémentaire devant permettre de s’attaquer
aux causes et aux conséquences des conflits de la région.
29. S’il existe un large consensus sur le fait qu’une
conférence internationale pourrait créer les
conditions d’une coexistence pacifique, mener à
la démocratisation des sociétés et favoriser
une meilleure coopération entre acteurs étatiques
et non étatiques sur le long terme, la question de
savoir quel serait le moment opportun pour la convoquer est
loin de faire l’unanimité. D’aucuns tiennent
qu’un certain nombre de conditions préalables
doivent être remplies si l’on veut qu’une
conférence internationale puisse se révéler
utile. Les principaux arguments qu’ils avancent à
l’appui de cette position sont les suivants :
- Il faut d’abord qu’un dialogue s’instaure
dans un cadre national entre chaque gouvernement et ses groupes
d’opposition.
- Il doit exister un degré minimum de calme et de
confiance mutuelle à l’intérieur de chaque
État et entre les États de la région.
- Il est possible qu’une conférence régionale
convoquée dans l’avenir immédiat donne
inutilement l’impression de constituer un processus
parallèle aux processus de paix de Lusaka et d’Arusha
visant respectivement les conflits en République démocratique
du Congo et au Burundi. À cet égard, il a été
suggéré dans certains cercles qu’une conférence
internationale sur le Grands Lacs ne soit pas convoquée
avant que la mise en œuvre des accords de Lusaka et d’Arusha
n’ait atteint un stade avancé.
30. Selon une autre école de pensée, cependant,
attendre l’instauration du calme et de la confiance
mutuelle entre les membres de l’élite politique
des États concernés pour organiser une conférence
régionale reviendrait à condamner les populations
de la région à continuer de vivre dans une pauvreté
abjecte et contraire à la dignité humaine. Toujours
selon cette école de pensée, l’ONU et
l’UA devraient lancer dès maintenant les activités
de mobilisation et de planification nécessaires pour
aider la région à convoquer la conférence
internationale dans les meilleurs délais, car cette
conférence pourrait bien être le maillon manquant
dans la quête de la paix, de la stabilité et
du développement dans la région des Grands Lacs,
maintenant que l’on a les accords-cadres de Lusaka et
d’Arusha sur lesquels s’appuyer. Les tenants de
cette école font en outre valoir qu’il risque
d’être top difficile, à court et à
moyen terme, de s’entendre sur la définition
et l’évaluation du dialogue interne et du rapprochement
entre États de la région pour en faire des conditions
préalables à une initiative régionale
de paix.
31. La mise en œuvre des Accords de Lusaka a effectivement
commencé, mais elle s’est heurtée à
plusieurs obstacles depuis la signature de l’accord
il y a deux ans. S’il faut regretter ce retard, on ne
saurait cependant s’en étonner, les accords de
règlement des conflits ont tendance à connaître
un certain nombre d’avatars, souvent étalés,
sur une longue période, avant d’être définitivement
appliqués. Le conflit au Libéria a ainsi vu
13 accords se succéder avant d’être réglé.
Il pourrait donc se révéler imprudent de faire
de la mise en œuvre de l’Accord de Lusaka une condition
préalable à une conférence censée
inaugurer une recherche régionale de la paix. Il se
pourrait également que les processus de Lusaka et d’Arusha
aient eux-mêmes besoin de l’élan que pourrait
leur imprimer une conférence internationale et des
conditions favorables qu’elle peut créer.
32. Il existe maintenant un accord d’Arusha relatif
au conflit au Burundi et on a déjà commencé
à essayer de le mettre en oeuvre. Ne serait-ce que
pour cette raison, il n’est peut-être pas trop
tôt pour commencer de planifier la conférence,
même si l’on doit prendre soin d’éviter
toute diversion ou tout détournement des processus
d’Arusha et de Lusaka. Une fois qu’un certain
nombre d’étapes marquantes auront été
atteintes dans la mise en œuvre des accords de paix relatifs
au Burundi et à la République démocratique
du Congo, l’organisation d’une conférence
internationale pourrait stimuler ces deux processus et développer
leurs acquis. Nous recommandons donc d’entreprendre
dès maintenant les préparatifs de la conférence,
et notamment le recrutement des fonds nécessaires,
de façon que la conférence puisse être
convoquée dès qu’un certain nombre d’étapes
marquantes auront été atteintes et que le moment
opportun sera venu.
33. On trouvera ci-après un certain nombre de raisons
supplémentaires pour lesquelles il conviendrait de
lancer dès maintenant l’effort de mobilisation
et de la planification d’une conférence internationale
dans le cadre de la quête de la paix et de la stabilité
dans les Grands Lacs :
- Cette conférence régionale ne devrait ni
dépendre de l’existence d’un climat de
calme et de confiance mutuelle dans la région ni avoir
pour objet de consolider ce climat s’il existait. Elle
aurait plutôt vocation à être une instance
et un processus dans le cadre desquels on tenterait de promouvoir
les conditions nécessaires à la paix et à
la confiance mutuelle. Ce qu’on attendrait d’elle
et en vue de quoi elle serait conçue serait d’apporter
une dynamique et une synergie nouvelles à la recherche
de la stabilité et de la confiance en inaugurant des
perspectives inédites de coopération entre les
acteurs étatiques et non étatiques.
- Commencer immédiatement à planifier la conférence
aurait l’avantage d’introduire dans les relations
entre États et dans les délibérations
de la région des éléments qui leur permettraient
de sortir de leur fixation actuelle su le conflit, ce qui
permettrait de jeter les bases de la restauration de la confiance
mutuelle dans la région.
- En outre, étant donné que le dénuement
et la pauvreté figurent parmi les multiples causes
de ces conflits, les discussions qui seraient engagées
sur des problèmes de ce genre qui ne prêtent
pas à controverse et dont la solution bénéficierait
à tout le monde pourraient faire baisser les tensions
sociales dans les États impliqués et dans la
région.
Le triangle des crises
34. Les causes et les conséquences des conflits de
la région, en conjuguant leurs effets, ont créé
un «triangle de crises» qui se renouvellent d’elles-mêmes.
Les principaux facteurs de ce triangle de crises sont l’absence
de sécurité, l’absence de démocratie
et de bonne gouvernance et l’absence de développement.
Le développement et la paix s’épanouissent
dans un environnement démocratique, participatif et
ouvert. À l’inverse, la démocratique s’étiole
lorsque l’absence de développement et de paix
donne l’impression qu’il n’y a ni équité
ni justice distributive dans un système sociopolitique
donné. À leur tour, l’insécurité
ou l’instabilité compromettent les possibilités
compromettent les possibilités de développement
durable et de réduction de la pauvreté.
35. Étant donné l’interdépendance
qui existe entre les principaux facteurs à l’œuvre
dans ce triangle de crises, il convient d’aborder simultanément
les questions de sécurité, de gouvernance et
de développement, car en omettant l’une d’elles
on risque de compromettre le règlement des deux autres.
Un investissement concerté dans la bonne gouvernance,
le développement et la sécurité constitue
donc le moyen le plus efficace de prévenir et de gérer
les conflits qui continuent d’affliger la région.
En outre, étant donné que les causes et les
conséquences des conflits de la région sont
multiformes et se renforcent les unes les autres, les processus
de gestion et de règlement de ces conflits doivent
être menés sur plusieurs plans et selon plusieurs
perspectives.
Thèmes et modalités de la conférence
36. Étant donné ce qui précède,
la conférence internationale envisagée commercerait
par un sommet de chefs d’État qui, après
s’être entendus sur un ensemble de principes,
ordonneraient la mise en place de groupes de travail ministériels
thématiques réunissant parties prenantes et
experts de la région en vue d’étudier
et d’adopter des solutions permettant de remédier
aux multiples sources d’instabilité de la région
(voir à l’annexe I un projet de déclaration
à publier à l’issue du sommet). Trois
grands thèmes seraient proposés aux délibérations
et décisions de ces groupes de travail ministériels,
à savoir Paix et sécurité, Démocratie
et bonne gouvernance et Développement et intégration
économique. On trouvera à l’annexe II
une liste de questions qui pourraient être abordées
dans le cadre de chacun de ces thèmes.
37. Ces groupes de travail ministériels déboucheraient
à leur tour sur la création d’un mécanisme
régional chargé d’assurer le suivi des
décisions de la conférence, d’exercer
des fonctions d’alerte avancée et de faire office
de secrétariat pour l’organisation de sommets
régionaux ou de réunions de consultation périodiques
sur des thèmes donnés, dans le cadre desquelles
des décideurs, des experts et des acteurs non étatiques
seraient appelés à identifier les problèmes
et à leur trouver des solutions.
38. Trois groupes d’appui composés de spécialistes
des diverses questions relevant des trois thèmes mentionnés
plus haut et dotés du statut de consultant seraient
constitués avec pour mission de mettre en forme les
idées qui serviront de base aux délibérations
et aux décisions des responsables politiques et des
acteurs non étatiques (voir à l’annexe
III une liste d’experts possibles). Ce dispositif sera
financé par des concours bilatéraux et multilatéraux.
Les consultants et les représentants de l’ONU,
de l’UA, des organismes de Nations Unies et des institutions
de Bretton Woods, aideront les groupes de travail ministériels
(voir ci-après) à réfléchir aux
grands thèmes proposés, s’efforceront
de mieux cerner les problèmes et fourniront d’utiles
recommandations de politiques susceptibles de structurer les
débats d’un éventail élargi de
parties prenantes et de partenaires.
ARCHITECTURE
DE LA CONFERENCE
Participation
39. La première étape de la Conférence
se tiendra au niveau des chefs d’État et de gouvernement
et sous les auspices de l’ONU et de l’UA. Elle
pourrait être présidée par les chefs d’État
des pays de la région à tour de rôle ou,
conjointement, par les Secrétaires généraux
de l’ONU et de l’UA. Le siège pourrait
en être Nairobi, Addis-Abeba ou New York ; elle durera
un ou deux jours.
40. Le noyau central des pays qui y participeraient serait
composé du Burundi, de la République démocratique
du Congo, Kenya, du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie.
Les six pays de ce premier groupe prononceraient les interventions
majeures, participeraient aux débats et seraient les
principaux signataires de tout accord ou déclaration
auxquels donnerait lieu la Conférence. Un deuxième
groupe comprendrait les pays voisins (République centrafricaine,
République du Congo, Gabon, Soudan, Zambie) ainsi que
les pays directement impliqués dans le conflit en République
démocratique du Congo (Angola, Namibie, Zimbabwe).
Un troisième groupe serait composé de pays ayant
un intérêt dans la région, qui seraient
appelés à participer à titre d’observateurs
: Afrique du Sud, Mozambique, Nigéria, Allemagne, Belgique,
France, Suisse, Union européenne, Royaume-Uni, pays
nordiques, Canada, Etats-Unis, Japon, Commission économique
pour l’Afrique, Banque Africaine pour le développement,
Banque mondiale, et le Fonds monétaire international.
41. Les pays des deuxième et troisième groupes
assisteraient à la conférence essentiellement
en qualité d’observateurs. Ils pourraient cependant,
collectivement et individuellement, jouer un rôle de
médiateurs « muets » ou discrets et se
constituer en « lobby » de la communauté
internationale en faveur de la paix. Ces groupes seraient
invités à limiter la durée de leurs interventions.
Ordre du jour
42. Au niveau des chefs d’État, la Conférence
aura pour objectif d’obtenir leur adhésion à
un processus régional de consolidation de la paix et
à la déclaration de principes qui servira de
cadre à ce processus. Le travail sur les aspects pratiques
commencera plus tard, avec les réunions thématiques
au niveau ministériel. On ne s’attend pas à
ce que l’ordre du jour proposé à l’annexe
II soit examiné en détail lors du Sommet.
Rôle des acteurs non étatiques
43. Afin d’intégrer les idées de la société
civile dans les délibérations et les processus
de l’initiative régionale, une Conférence
régionale des acteurs non étatiques des Grands
Lacs réunira des acteurs non étatiques du premier
groupe de six pays et se tiendra après le Sommet, avec
l’aide de l’ONU et de l’UA. Cette conférence
devrait tenir son mandat des décisions et déclarations
issues du Sommet et avoir un ordre du jour similaire. Le Sommet
devrait également décider que les conclusions
et recommandations formulées par la Conférence
des acteurs non étatiques seront transmises aux groupes
de travail ministériels afin d’informer leurs
délibérations et leurs décisions.
44. Les participants à la Conférence des acteurs
non étatiques seraient fournis par les organisations
non gouvernementales et d’autres acteurs non étatiques.
Ce seraient notamment des universitaires et des représentants
d’organisations de jeunes, d’organisations de
femmes, d’organisations religieuses, du secteur privé,
des chambres de commerce, etc. Le Représentant spécial
du Secrétaire général pour la région
des Grands Lacs en dressera la liste en consultation avec
les gouvernements respectifs des six États du premier
groupe.
Décisions attendues du Sommet
45. Le Sommet devrait aboutir à deux grandes décisions:
* L’adoption par les chefs d’État d’une
déclaration de principes par laquelle ils s’engageraient
à favoriser la démocratie et la bonne gouvernance,
respecter les droits de l’homme et l’état
de droit, établir des relations de coopération
entre leurs États, respecter l’intégrité
territoriale et la souveraineté nationale des États,
promouvoir et consolider la paix et la sécurité
régionales et favoriser la coopération économique
et le développement régional. La déclaration
comprendrait également un engagement solennel des participants
à respecter et appliquer les décisions de la
Conférence (annexe I).
* La création de trois groupes de travail ministériels
chargés de régler les questions de paix et sécurité,
démocratie et bonne gouvernance et développement
économique et intégration régionale.
Les groupes de travail ministériels
46. Les six pays concernés seraient représentés
dans les trois groupes de travail par leurs ministres compétents
pour les questions examinées dans chaque groupe. Chaque
groupe de travail se verrait en effet confier un thème
(à savoir : paix et sécurité, démocratie
et bonne gouvernance et développement économique
et intégration régionale) et serait chargé
d’examiner en détail les différentes questions
pertinentes à chacun de ces thèmes. Des experts
et des représentants de l’ONU, de l’UA,
des organismes de l’ONU et des institutions de Bretton
Woods aideraient activement les groupes de travail à
mener une analyse approfondie des problèmes et à
formuler des programmes en réponse à ces problèmes.
Les groupes de travail pourraient se réunir quatre
ou cinq fois sur une période de plusieurs mois en vue
de formuler un ensemble de recommandations qui seraient soumises
aux chefs d’État de la région pour adoption.
Pour être plus précis, il pourrait être
demandé aux groupes de travail d’accomplir les
tâches ci-après, dont la liste n’est pas
limitative :
* Formuler des protocoles d’accord, des mesures concrètes
et réalisables et des plans d’action permettant
de réaliser les objectifs énoncés dans
les déclarations et mémoranda issus du Sommet.
* Proposer des domaines d’intervention prioritaires
justifiant la mise en place de programmes de soutien adéquats
à la formulation et à la mise en œuvre
desquels la communauté internationale, et notamment
les institutions spécialisées, programmes et
fonds des Nations Unies et les institutions de Bretton Woods,
serait appelée à contribuer.
• Élaborer les plans d’un mécanisme
régional chargé d’assurer le suivi et
la mise en œuvre des différents accords, protocoles
d’accord, plans d’action et programmes issus de
la conférence au sommet, d’exercer des fonctions
d’alerte avancée et d’organiser des réunions
et sommets régionaux périodiques en vue d’examiner
les progrès accomplis, de formuler de nouvelles recommandations
et de résoudre les problèmes éventuels.
Étalement dans le temps
47. L’élaboration et la formulation de pactes
de sécurité et de coopération, la conceptualisation,
la négociation et la mise en œuvre de protocoles
d’entente régionale, l’instauration et
la consolidation de la coopération et de l’intégration
économiques et la formulation et le lancement de projets
d’infrastructure communs sont des entreprises complexes.
Le Sommet envisagé devrait donc être considéré
comme la plate-forme de lancement d’un processus à
long terme de consolidation de la paix régionale qui
pourrait aboutir, le moment venu, à la signature d’un
Pacte de stabilité et de solidarité par les
pays de la région.
Appui des institutions internationales
48. La Conférence sera tenue sous les auspices de
l’ONU et de l’UA comme le prévoient les
résolutions successives du Conseil de sécurité.
Sa planification et son organisation nécessiteront,
de la part de ces institutions, un ferme appui accompagné
d’un financement adéquat. L’impartialité
et la neutralité de l’ONU, ainsi que le crédit
dont elle jouit sur le plan régional, permettront à
la région de s’approprier le processus et garantiront
l’intégrité de la Conférence. Le
principe d’une appropriation régionale de l’initiative
sera conforté par la création des trois groupes
de travail ministériels et par les activités
qu’ils mèneront. Il aura pour corollaire l’implication
d’un large éventail de représentants de
la société civile.
49. Outre l’appui des institutions internationales
et les financements à apporter par la communauté
internationale, l’organisation de la Conférence
et les activités subséquentes envisagées
dans la présente note devront être placées
sous une autorité active et éclairée.
Le soin d’exercer cette autorité sera confié
au Bureau du Représentant spécial du Secrétaire
général pour la région des Grands Lacs,
qui aura été renforcé à cet effet.
Dans cette entreprise capitale, le Bureau travaillera en étroite
collaboration avec les États concernés, l’UA,
les organismes de la famille des Nations Unies, les institutions
de Bretton Woods et la communauté des bailleurs de
fonds.
CONCLUSION
50. Le conflit qui se déroule dans la région
absorbe les ressources de plus de 100 millions d’habitants,
dont la plupart vivent déjà dans une misère
abjecte. L’instabilité de la région des
Grands Lacs menace également une portion encore plus
grande du continent. Le conflit lui-même constitue une
violation flagrante des normes et conventions gouvernant les
relations entre États sur le continent africain. Les
habitants de la région ont l’impression que la
réaction de la communauté internationale n’a
pas été à la hauteur de la situation,
ce qui ne peut que renforcer le sentiment d’une marginalisation
de l’Afrique dans le monde de l’après-guerre
froide.
51. Le conflit qui se déroule actuellement en République
démocratique du Congo présente toutes les caractéristiques
des conflits de la région des Grands Lacs : leurs causes
et leurs conséquences résident simultanément
dans chacun des États concernés et dans la région
dans son ensemble. Une stratégie régionale de
gestion de ces conflits s’impose donc pour les régler.
La conférence proposée doit par conséquent
être considérée comme un moyen de conférer
une dimension régionale à la recherche d’une
paix, d’une sécurité, d’une démocratie
et d’un développement durables dans la région
des Grands Lacs. Elle pourrait bien, en effet, constituer
le maillon manquant dans la quête de la paix, de la
stabilité et du développement dans la région.
52. Cette manifestation devrait cependant éviter le
genre d’approche hyper-globalisante qui s’accompagne
de larges missions de formulation de programmes et de plans
d’action exhaustifs et ambitieux dont le coût
tend à décourager les bailleurs de fonds. L’expérience
a montré que ce genre d’approche globalisante
présente un inconvénient majeur en ce que l’absence
de progrès sur un front (souvent sur des questions
de politique, de sécurité et d’orgueil),
si insignifiante soit-elle, tend à bloquer tout progrès
sur les autres fronts. À l’inverse, un avantage
majeur de la méthode proposée dans la présente
note d’orientation – à savoir la stratégie
thématique par groupes de travail ministériels
– réside en ce que cette méthode pourrait
améliorer progressivement l’état d’esprit
psychologique de la région, restaurer la confiance
et offrir une plate-forme de départ pour l’examen
d’autres questions, jetant ainsi les fondements d’une
paix, d’une stabilité et d’un développement
durables dans la région.
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